Statut juridique des succursales des organisations publiques et des entreprises en République de Moldavie

1. Introduction

1.1. Formulation de la Demande et Champ de l’Étude

Le présent rapport est consacré à l’analyse du statut juridique des succursales (« sucursale ») des organisations publiques (à but non lucratif) et des sociétés commerciales en République de Moldavie. La question clé est de savoir si ces succursales possèdent une personnalité juridique indépendante, c’est-à-dire si elles peuvent être titulaires de droits et d’obligations indépendamment de leurs organisations mères.

1.2. Aperçu de l’Environnement Juridique de la Moldavie et Importance de la Modernisation du Code Civil

Le cadre juridique de la République de Moldavie régissant les activités des personnes morales et de leurs subdivisions structurelles a subi des changements significatifs, notamment en lien avec la modernisation du Code civil, entrée en vigueur le 1er mars 2019 sur la base de la Loi n° 133/2018. Cette réforme visait à clarifier et unifier les concepts de succursales et de filiales, rapprochant la législation moldave des normes européennes.

Les principaux actes législatifs à la base de cette analyse sont le Code civil de la République de Moldavie (n° 1107/2002, avec ses modifications et compléments ultérieurs), la Loi n° 86/2020 sur les organisations à but non lucratif, la Loi n° 845/1992 sur l’entrepreneuriat et les entreprises, et la Loi n° 220/2007 sur l’enregistrement d’État des personnes morales et des entrepreneurs individuels.

La modernisation du Code civil a constitué une étape délibérée vers l’amélioration de la sécurité juridique et l’harmonisation avec les concepts juridiques internationaux, en particulier européens, dans le domaine des structures corporatives. Ceci est confirmé par la « Note d’information » (Nota Informativă) relative à la Loi n° 133/2018, où il est explicitement indiqué qu’elle est conforme à l’Accord d’association avec l’UE et à la législation de l’UE.

Les modifications législatives n’ont pas été arbitraires ; elles visaient à simplifier la conduite des affaires pour les entreprises étrangères et à accroître l’attractivité des investissements en Moldavie en introduisant des formes corporatives plus claires et internationalement reconnues. Comprendre cette modernisation est crucial, car elle a fondamentalement changé la terminologie et le statut juridique des structures auparavant connues sous le nom de « filiales » (dans l’ancienne acception du terme, signifiant une subdivision distincte) et de « représentations », en les reclassifiant sous le terme unique de « sucursală » (succursale, dépourvue de personnalité juridique) et en fixant le terme « filială » pour les filiales (personnes morales indépendantes).

2. Cadre Juridique Général pour les Succursales (« Sucursale ») en Moldavie selon le Code Civil Modernisé

2.1. Définition et Caractéristiques de la Succursale (« Sucursală »)

Le Code civil modernisé, à l’Article 240, définit la « sucursală » (succursale) comme une subdivision distincte d’une personne morale, située en dehors de son siège principal, ayant une apparence de permanence, sa propre gestion et l’équipement matériel nécessaire pour exercer, en totalité ou en partie, l’activité de l’organisation mère. La succursale exerce son activité sous la dénomination de la personne morale qui l’a créée.

2.2. Principe Général : Les Succursales ne Possèdent Pas de Personnalité Juridique Propre

L’Article 240(3) du Code civil établit directement : « Sucursala nu este persoană juridică » (La succursale n’est pas une personne morale). C’est un principe fondamental de la législation moldave en vigueur concernant les succursales.

Cela signifie que la succursale ne possède pas sa propre personnalité juridique distincte de celle de sa société mère. Elle ne peut pas posséder de biens de manière indépendante, conclure des contrats en son propre nom ou agir en tant que partie distincte dans des procédures judiciaires. L’organisation mère assume l’entière responsabilité des obligations découlant des activités de sa succursale.

2.3. Abolition de la Notion de « Reprezentantă » (Représentation) en tant que Catégorie Distincte

Depuis le 1er mars 2019, la notion de «reprezentantă» (représentation) a été supprimée de la législation moldave. Toutes les représentations existantes à cette date ont été reclassifiées en filiales («sucursale»). Les dispositions transitoires (art. 11 de la Loi sur la mise en vigueur du Code civil, LPA C civ, art. 11, détaillées dans et ) prescrivent que les références dans la législation en vigueur à «filială» (ancien terme pour filiale) ou «reprezentantă» doivent être considérées comme des références à «sucursală» jusqu’à la mise en conformité complète de la législation.

L’unification sous le terme «sucursală» et le refus explicite d’accorder la personnalité juridique visaient à éliminer les imprécisions antérieures et à créer un système plus clair et plus ordonné pour comprendre les subdivisions structurelles des personnes morales. Avant la modernisation, des divergences d’interprétation pouvaient survenir en raison de différentes lois ou interprétations concernant le statut des subdivisions. La réforme du Code civil visait à établir une définition et un statut uniques et clairs pour les filiales, qu’elles aient été auparavant appelées «filiale» ou «reprezentanță». L’absence de personnalité juridique entraîne directement la responsabilité totale de l’organisation mère pour les actions et les dettes de la filiale, ce qui est un facteur crucial pour les entreprises lors du choix du mode d’établissement. Cette distinction claire simplifie les interactions juridiques avec les filiales pour les tiers, car ils savent que la partie contractante et responsable finale est toujours la personne morale mère.

Tableau 1 : Aperçu Législatif du Statut Juridique de la Filiale («Sucursală») en Moldavie

Type d’Organisation MèreLégislation CléStatut Juridique de la Filiale («Sucursală») (Personne Morale)Caractéristiques Déterminantes Clés
Société Commerciale – NationaleCode civil, art. 240NonSubdivision de l’organisation mère, ne possède pas sa propre personnalité juridique, l’organisation mère assume l’entière responsabilité
Société Commerciale – ÉtrangèreCode civil, art. 241 ; Loi sur la mise en vigueur du Code civil (LPA C civ), art. 11NonDivision de l’organisation mère, ne possède pas sa propre personnalité juridique, l’organisation mère assume l’entière responsabilité
Organisation Publique/Non CommercialeLoi n° 86/2020 ; Code civil, art. 240NonDivision de l’organisation mère, ne possède pas sa propre personnalité juridique, l’organisation mère assume l’entière responsabilité

3. Statut Juridique des Filiales des Entreprises Commerciales (« Firmes »)

3.1. Filiales Commerciales Nationales

Les filiales des entreprises commerciales moldaves (« firmes ») relèvent de la règle générale de l’article 240 du Code civil et ne sont pas des personnes morales. La Loi n° 845/1992 sur l’entrepreneuriat et les entreprises, dans son article 21, définissait historiquement les filiales comme des divisions ne possédant pas la personnalité juridique, dotées de biens par l’entreprise et agissant sur la base de règlements approuvés par celle-ci. Bien que cette loi soit antérieure à la modernisation du Code civil, sa position générale concernant les filiales nationales correspond à la position actuelle du Code civil relative aux « sucursale ».

3.2. Filiales Commerciales Étrangères (Sucursale ale Persoanelor Juridice Străine)

L’article 241 du Code civil modernisé régit spécifiquement l’activité des filiales de personnes morales étrangères créées en Moldavie. Il est fondamentalement important que l’article 241(3) stipule : « Sucursala persoanei juridice străine nu este persoană juridică » (La filiale de la personne morale étrangère n’est pas une personne morale). L’organisation mère étrangère est responsable des obligations de sa filiale moldave.

3.2.1. Élimination d’une Anomalie Historique de la Loi n° 845/1992

L’article 21(6) de la Loi n° 845/1992 prévoyait auparavant, par dérogation aux autres alinéas du même article, que « les filiales et les représentations des entreprises d’États étrangers sont créées en tant que personnes morales ». Cela créait une divergence substantielle.

La modernisation du Code civil et ses dispositions transitoires, notamment l’article 11 de la loi de mise en œuvre du Code civil (LPA C civ, art. 11, comme détaillé dans et ), ont résolu ce conflit.

LPA C civ, art. 11(4) établit que les modifications des articles 240 et 241 du Code civil s’appliquent à partir du 1er mars 2019. À compter de cette date, les « filiale » (ancien terme pour les filiales) et « reprezentanțe » précédemment enregistrées sont considérées comme des « sucursale ».

L’élément clé est le LPA C civ, art. 11(5) : « Si une filiale d’une personne morale étrangère, enregistrée en République de Moldavie avant le 1er mars 2019, avait le statut de personne morale distincte de la personne morale étrangère, elle cesse d’avoir le statut de personne morale distincte à partir du moment de l’inscription des modifications conformément au paragraphe (1) ou, selon le cas, au paragraphe (2) ». Cette disposition offrait la possibilité de se transformer en personne morale moldave (par exemple, en SRL) jusqu’au 1er janvier 2024, si la société mère étrangère souhaitait conserver une personnalité juridique distincte pour ses activités en Moldavie.

La reclassification des succursales étrangères qui possédaient auparavant le statut de personne morale conformément à la Loi n° 845/1992 est l’une des conséquences les plus importantes de la modernisation du Code civil. Il ne s’agissait pas simplement d’un changement terminologique, mais d’une modification substantielle du statut juridique pour les entités concernées. Le conflit entre la Loi n° 845/1992 (succursales étrangères en tant que personnes morales) et l’intention du Code civil modernisé (toutes les succursales en tant que non-personnes morales) nécessitait des règles transitoires claires. L’art. 11 de la LPA C civ a apporté cette clarté, obligeant les sociétés étrangères à revoir leur statut : soit accepter le statut de non-personne morale pour leur succursale moldave, soit se restructurer en une filiale à part entière. La perte de la personnalité juridique par ces succursales étrangères signifie que leurs obligations incombent désormais directement à la société mère étrangère, et que leur capacité à agir de manière indépendante (par exemple, devant les tribunaux, dans les contrats) est limitée, nécessitant des actions par l’intermédiaire de l’organisation mère. Cette mesure est conforme à la pratique de nombreux pays de droit continental, où les succursales ne sont généralement pas des personnes morales distinctes, contribuant à une compréhension internationale plus uniforme des structures d’entreprise. Les sociétés étrangères dont les succursales étaient enregistrées en tant que personnes morales avant mars 2019 devaient décider activement de les transformer en filiales avant le 1er janvier 2024 ou d’accepter leur reclassification en succursales sans statut de personne morale. Cela a entraîné des ajustements juridiques, administratifs et, éventuellement, fiscaux.

3.3. Exigences d’Enregistrement (Loi n° 220/2007)

Les succursales, y compris les succursales de personnes morales étrangères, sont soumises à l’enregistrement auprès de l’Agence des Services Publics (ASP) dans le Registre d’État des Personnes Morales. La Loi n° 220/2007 confirme que les succursales sont enregistrées sans l’attribution du statut de personne morale. Un numéro d’identification d’État (IDNO) distinct de celui de leur société mère est attribué aux succursales de personnes morales étrangères.

4. Statut Juridique des Succursales des Organisations Publiques (Organisations Non Commerciales – ONC)

4.1. Loi n° 86/2020 sur les Organisations Non Commerciales

Cette loi régit la création, l’enregistrement et l’activité des ONC, y compris les associations, les fondations et les institutions privées. L’ONC elle-même acquiert la personnalité juridique dès son enregistrement [art. 1(3), art. 13(2)].

En ce qui concerne les filiales, l’article 18(1)(b) de la Loi n° 86/2020 stipule que l’organe directeur suprême de l’ONC prend la décision de créer des filiales et des représentations. La loi ne prévoit pas de personnalité juridique distincte pour les filiales des ONC. Elles sont considérées comme des subdivisions de l’ONC principale.

4.2. Conformité aux Principes du Code Civil

Le statut des filiales des ONC en tant que personnes non juridiques est conforme aux principes généraux du Code civil modernisé (art. 240).

4.3. Enregistrement

Les ONC sont enregistrées dans le Registre d’État des personnes morales. La loi ne prévoit pas de procédure d’enregistrement distincte qui conférerait à leurs filiales la personnalité juridique.

Le cadre juridique pour les filiales des ONC est cohérent et clair : elles sont une extension de l’ONC mère et ne possèdent pas de statut juridique indépendant. La Loi n° 86/2020 considère l’ONC elle-même comme une personne morale. Les pouvoirs de création des filiales appartiennent à l’organe directeur de l’ONC, ce qui indique que les filiales sont des parties subordonnées et intégrantes, et non des entités indépendantes. Cela est conforme au principe général de l’absence de personnalité juridique des filiales, consacré dans le Code civil. Pour les ONC, cela signifie que toutes les activités, contrats et obligations de la filiale sont juridiquement les activités, contrats et obligations de l’ONC mère. Cela simplifie la gestion, mais concentre la responsabilité.

5. Impact du Code Civil Modernisé (Loi 133/2018) : Précisions et Différences

5.1. « Sucursală » (Filiale) en tant que Personne Non Juridique Confirmée

Comme établi par l’art. 240 et l’art. 241

Code civil, «sucursală» (qu’elle appartienne à une organisation nationale ou étrangère, commerciale ou non commerciale) n’est clairement pas une personne morale. Cela a éliminé les ambiguïtés et incohérences potentielles qui existaient auparavant dans diverses lois.

5.2. «Filială» (Filiale) en tant que Personne Morale Distincte et Contrôlée au sein d’un «Grup de persoane juridice» (Groupe de Personnes Morales)

Le Code civil modernisé a introduit/précisé la notion de «grup de persoane juridice» (groupe de personnes morales) et a redéfini «filială» comme une filiale.

L’article 290 du Code civil définit ce groupe : « (1) Le groupe comprend la personne morale qui exerce le contrôle et toutes les personnes morales qu’elle contrôle (filiales). (2) La personne morale contrôlée (filiale) est une personne morale placée sous le contrôle d’une autre personne morale (la personne morale qui exerce le contrôle), directement ou par l’intermédiaire d’une autre personne morale contrôlée ».

Cela indique clairement que «filială» (filiale) est une personne morale, contrôlée par une autre personne morale (la société mère ou «persoana juridică care exercită control»).

5.2.1. Définition du « Contrôle » (Controlul)

La « Note d’information » relative à la Loi n° 133/2018 indiquait que la définition du « contrôle » devait être incluse dans le projet d’article 68^20, paragraphes (3)-(6) du Code civil. Cette définition du projet, modelée sur la Loi type européenne sur les sociétés par actions (EMCA), incluait des éléments tels que la détention de la majorité des droits de vote, le droit de nommer/révoquer la majorité des membres des organes administratifs/de direction/de surveillance, ou l’exercice d’une influence dominante par le biais d’un contrat ou de dispositions statutaires.

Bien que le texte exact adopté de l’article, similaire au projet « Article 68^20 », définissant les mécanismes de contrôle, ne soit pas présenté dans son intégralité dans les fragments fournis de la loi finale, le Code civil contient désormais une section spéciale « Grupul de persoane juridice cu scop lucrativ » (Articles 286-294). L’article 287 est intitulé « Noțiunea de control și societate-mamă » (Notion de contrôle et de société mère), l’article 288 – « Prezumțiile de control » (Présomptions de contrôle), et l’article 289 – « Controlul indirect » (Contrôle indirect).

Limitation : Le texte complet de ces articles spécifiques (287, 288, 289), détaillant les mécanismes de contrôle (par exemple, le pourcentage de droits de vote, les droits de nomination), n’est pas disponible dans les fragments fournis. Cependant, l’article 290 établit clairement que la « filială » est une personne morale contrôlée. La « Note informative » confirme l’intention législative de définir le contrôle sur la base de principes établis de gouvernement d’entreprise. L’article 904, bien qu’il traite des obstacles à l’exécution des obligations contractuelles, fait référence à la « sphère de contrôle du débiteur » (sfera de control a debitorului) comme un concept pertinent.

5.3. Dispositions Transitoires (LPA C civ, art. 11)

Ces dispositions ont joué un rôle crucial dans la gestion de la reclassification des structures existantes. Elles prescrivaient la mise en conformité des documents constitutifs avant le 1er janvier 2024 et établissaient qu’à compter du 1er mars 2019, les anciennes « filiale » (succursales) et « reprezentanțe » sont juridiquement considérées comme des « sucursale » (nouvelles succursales, sans personnalité juridique). Les succursales étrangères qui étaient auparavant des personnes morales ont perdu ce statut, sauf si elles ont été transformées.

La distinction terminologique et conceptuelle claire entre « sucursală » (succursale sans personnalité juridique) et « filială » (filiale avec personnalité juridique, contrôlée au sein d’un groupe) est une réalisation fondamentale de la modernisation du Code civil. Le système précédent pouvait prêter à confusion. En adoptant les termes et concepts (tels que « groupe de personnes morales » et la définition claire du « contrôle », même si son texte intégral adopté est absent des fragments), conformes aux normes de l’UE/internationales

, la Moldavie a cherché à renforcer la clarté juridique tant pour les acteurs nationaux qu’étrangers. L’introduction de la notion de « groupe de personnes morales » et la définition de « filială » comme personne morale contrôlée ouvrent la voie à une réglementation spécifique de la responsabilité du groupe, de la transparence et des transactions intra-groupe, ce qui est caractéristique des systèmes de droit des sociétés développés. Cette réforme facilite des structures d’entreprise plus complexes et aligne potentiellement le droit des sociétés moldave sur les exigences d’une intégration économique plus profonde, reflétant un choix stratégique de politique juridique. L’accent mis sur la définition du « contrôle » est crucial pour déterminer les limites du groupe et la responsabilité de la société mère.

Tableau 2 : Comparaison entre « Sucursală » (Succursale) et « Filială » (Filiale) selon la Législation Modernisée de la Moldavie

Caractéristique« Sucursală » (Succursale)« Filială » (Filiale)
Personnalité JuridiqueAbsente Possède sa propre personnalité juridique
Responsabilité de l’Organisation MèreResponsabilité totale de l’organisation mère pour toutes les dettes et obligations de la succursale La responsabilité de l’organisation mère est généralement limitée à son apport dans la filiale (sauf cas particuliers)
Capacité ContractuelleNe peut pas conclure de contrats en son propre nom ; les contrats sont conclus par l’organisation mèrePeut conclure des contrats en son propre nom et en est responsable
Droit de Propriété sur les BiensNe peut pas posséder de biens en son propre nom ; les actifs appartiennent à l’organisation mère Peut posséder des biens en son propre nom
Participation aux Procédures JudiciairesEn général, ne peut pas agir en tant que demandeur ou défendeur en son propre nom ; les actions sont intentées par/contre l’organisation mère Peut agir en tant que demandeur et défendeur en son propre nom en tant que personne morale indépendante
Relations Typiques avec l’Organisation MèreUnité distincte, partie de l’organisation mèrePersonne morale distincte, contrôlée par l’organisation mère au sein d’un groupe de personnes morales
Législation Moldave ApplicableCode civil (art. 240, 241) ; Loi n° 220/2007Code civil (art. 290 et suivants) ; Loi n° 220/2007 ; lois spéciales relatives aux personnes morales de la forme correspondante

6. Conséquences Clés de la Présence/Absence de la Personnalité Juridique

La différence de capacité juridique a des conséquences pratiques profondes pour tous les aspects de l’activité, de la gestion des risques et des relations juridiques avec les tiers.

6.1. Responsabilité

  • Sucursală (Succursale) : Ne possédant pas de personnalité juridique, la succursale n’a pas de responsabilité propre. La personne morale mère (nationale ou étrangère) assume l’entière responsabilité de toutes les dettes et obligations découlant de l’activité de la succursale.
  • Filială (Filiale) : Possédant sa propre personnalité juridique, sa responsabilité est généralement distincte de celle de la société mère. La responsabilité de cette dernière est généralement limitée à son apport au capital social de la filiale, sauf cas particuliers (par exemple, abus de contrôle, « levée du voile corporatif »).

6.2. Capacité Contractuelle

  • Sucursală : Ne peut pas conclure de contrats en son propre nom. Les contrats liés à l’activité de la succursale sont juridiquement conclus par l’organisation mère et l’engagent uniquement elle.
  • Filială : Peut conclure des contrats en son propre nom et est responsable de leur exécution.

6.3. Droit de Propriété sur les Biens

  • Sucursală : Ne peut pas posséder de biens en son propre nom. Les actifs utilisés par la succursale appartiennent juridiquement à l’organisation mère.
  • Filială : Peut posséder des biens en son propre nom.

6.4. Capacité de Participer aux Procédures Judiciaires

  • Sucursală : En règle générale, elle ne peut pas agir en tant que demandeur ou défendeur devant un tribunal en son propre nom. Les actions en justice doivent être intentées par l’organisation mère ou contre elle. L’article 39(3) du Code de procédure civile permet d’introduire une action découlant des activités de la succursale au lieu où se trouve la succursale, mais la partie au procès reste la personne morale mère.
  • Filială : Peut agir en tant que demandeur et défendeur devant un tribunal en son propre nom en tant que personne morale indépendante.

Il est logique que si une succursale n’est pas une personne morale, elle ne peut pas accomplir de manière indépendante des actes nécessitant une capacité juridique, tels que la possession de biens ou la participation à des procédures judiciaires. Tous ces droits et obligations sont transférés à l’organisation mère. Le choix entre la création d’une « sucursală » ou d’une « filială » (si applicable, par exemple pour des activités commerciales ou pour des ONG étrangères créant une ONG moldave) devient stratégique, en pesant la simplicité de création et de contrôle (succursale) contre la protection contre la responsabilité et l’identité locale distincte (filiale).

7. Conclusion

7.1. Réponse Finale concernant les Succursales d’Entreprises (Entreprises Commerciales)

Selon la législation en vigueur de la République de Moldova, principalement le Code civil modernisé (art. 240 pour les nationales, art. 241 pour les étrangères), les succursales (« sucursale ») des entreprises commerciales, tant nationales qu’étrangères, ne sont pas des personnes morales. Elles sont considérées comme des divisions de leurs sociétés mères, qui assument l’entière responsabilité de leurs activités. La disposition historique de la Loi n° 845/1992, qui conférait la personnalité juridique aux succursales des entreprises étrangères, a été abrogée par le Code civil et ses dispositions transitoires, qui ont reclassifié ces succursales comme des entités sans personnalité juridique, à moins qu’elles n’aient été transformées en une forme juridique moldave reconnue de personne morale avant le 1er janvier 2024.

7.2. Réponse Finale concernant les Succursales d’Organisations Publiques (Organisations Non Commerciales)

De manière analogue, conformément à la Loi n° 86/2020 sur les organisations non commerciales et aux principes généraux du Code civil, les succursales des organisations publiques (non commerciales) ne sont pas des personnes morales. Elles agissent comme un prolongement de l’ONG mère, qui possède la personnalité juridique.

7.3. Confirmation du Statut Unifié

La modernisation du Code civil a réussi à unifier la notion de succursale (« sucursală ») en tant que subdivision ne possédant pas de personnalité juridique propre, en la distinguant clairement de la « filială » (filiale), qui est une personne morale autonome et contrôlée au sein de la structure du groupe. Cela s’applique tant au secteur commercial qu’au secteur non commercial.

Le statut juridique des succursales (« sucursale ») est actuellement sans équivoque : elles ne sont pas des personnes morales en Moldavie. Cette clarté est le résultat direct de la modernisation du Code civil, visant l’harmonisation juridique et l’amélioration de l’attractivité des investissements. Ce statut unifié simplifie la compréhension juridique pour toutes les parties prenantes, mais exige des organisations mères un examen attentif des questions de responsabilité et de structuration opérationnelle. Les personnes morales étrangères, en particulier, ont dû naviguer dans la période de transition et prendre des décisions stratégiques concernant la forme de leur présence en Moldavie.